Fiscalité énergétique : l’électricité désavantagée face aux énergies fossiles, l’UE veut corriger le tir

Green Hub

4/20/20263 min temps de lecture

Fiscalité énergétique : l’électricité désavantagée face aux énergies fossiles, l’UE veut corriger le tir

Une initiative dans un contexte de forte instabilité

La future proposition, dont la publication est attendue prochainement, s’inscrit dans un climat de forte volatilité des prix de l’énergie. La hausse récente du pétrole, repassé au-dessus des 100 dollars le baril, ainsi que l’envolée des prix du gaz en Europe, illustrent la fragilité du système énergétique européen.

Cette situation est notamment liée aux tensions géopolitiques actuelles, en particulier dans des zones stratégiques comme le détroit d’Ormuz, par lequel transite une part significative du pétrole mondial. Les perturbations dans cette région ont contribué à faire grimper les prix du gaz de manière spectaculaire depuis le début du conflit.

Or, en Europe, le prix de l’électricité reste fortement corrélé à celui du gaz. Cela s’explique par le fait que les centrales à gaz jouent encore un rôle déterminant dans la fixation des prix sur les marchés de gros. En conséquence, toute hausse du gaz se répercute directement sur les factures d’électricité.

Une dépendance coûteuse aux énergies fossiles

Face à cette réalité, la Commission européenne insiste sur un point : la dépendance aux énergies fossiles a un coût élevé, à la fois économique et stratégique. Cette situation expose les États membres à des chocs externes qu’ils maîtrisent difficilement.

Dans ce contexte, réduire cette dépendance devient une priorité. Cela passe notamment par une transformation du système énergétique, avec un recours accru à l’électricité, en particulier lorsqu’elle est produite à partir de sources renouvelables.

Un déséquilibre fiscal difficile à justifier

Malgré ces objectifs, un paradoxe persiste : l’électricité est aujourd’hui plus lourdement taxée que les énergies fossiles dans la majorité des pays européens.

Les données disponibles montrent que les ménages paient en moyenne leur électricité nettement plus cher que le gaz lorsqu’on compare les prix par kilowattheure. Une part importante de cette différence provient des taxes et prélèvements, qui représentent une fraction significative de la facture d’électricité.

Cette situation s’explique en grande partie par des choix politiques passés. Les gouvernements ont utilisé la fiscalité sur l’électricité comme un outil de financement pour soutenir le développement des énergies renouvelables et des politiques environnementales.

Parallèlement, les combustibles fossiles ont longtemps bénéficié d’une taxation plus faible afin de maintenir des coûts abordables dans des secteurs clés comme le chauffage et les transports.

Une fiscalité devenue contre-productive

Aujourd’hui, ce modèle est de plus en plus critiqué. Avec l’essor de l’électrification — qu’il s’agisse des véhicules électriques ou des systèmes de chauffage — maintenir une fiscalité élevée sur l’électricité envoie un signal contradictoire.

En pratique, cela peut ralentir la transition énergétique en décourageant les consommateurs et les entreprises d’adopter des solutions plus propres.

De nombreux experts estiment donc qu’un rééquilibrage fiscal est nécessaire pour aligner les prix de l’énergie avec les objectifs climatiques.

Une réforme complexe à mettre en œuvre

La Commission européenne plaide ainsi pour une réduction des taxes sur l’électricité. Toutefois, faire évoluer la fiscalité énergétique au niveau européen reste un exercice délicat.

Les règles actuelles, qui encadrent la taxation de l’énergie, remontent à 2003. Toute modification nécessite l’accord unanime des États membres, ce qui a déjà conduit à l’échec de plusieurs tentatives de réforme par le passé.

Une proposition présentée récemment n’a d’ailleurs pas réussi à obtenir ce consensus.

Des pistes pour compenser les pertes de recettes

Réduire la fiscalité sur l’électricité implique une baisse des revenus pour les États. Pour compenser ce manque à gagner, plusieurs solutions sont envisagées.

Parmi elles figure la mise en place d’une taxe sur les profits exceptionnels réalisés par les entreprises du secteur des énergies fossiles. Ces bénéfices ont fortement augmenté dans le contexte actuel de hausse des prix.

Ce type de mécanisme a déjà été expérimenté de manière temporaire lors de précédentes crises énergétiques, notamment après le déclenchement de la guerre en Ukraine.

Une stratégie globale pour une énergie plus accessible

Au-delà de la question fiscale, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de l’Union européenne visant à rendre l’énergie plus abordable et plus durable.

Cela inclut :

  • le développement accéléré des énergies renouvelables

  • l’amélioration et la modernisation des infrastructures électriques

  • et une électrification progressive de nombreux usages

La Commission pourrait également proposer, dans les mois à venir, un objectif contraignant pour encourager davantage le recours à l’électricité.

Conclusion

En envisageant de réduire les taxes sur l’électricité, l’Union européenne cherche à corriger une incohérence historique dans sa politique énergétique. Cette évolution pourrait jouer un rôle clé dans l’accélération de la transition écologique, à condition que les États membres parviennent à s’entendre sur sa mise en œuvre.

Alors que les tensions internationales continuent d’impacter fortement les marchés de l’énergie, l’Union européenne prépare une nouvelle initiative visant à alléger le coût de l’électricité. Cette proposition, portée par la Commission européenne, pourrait marquer une évolution importante dans la manière dont l’énergie est taxée sur le continent.